jeudi 26 novembre 2009

Les droits des auteurs à bras le corps ! [SNE : 1/2]

J’organise dans les semaines à venir une série d’événements liés au livre électronique, dans une vingtaine de villes en France et en francophonie.

Merci de répondre au sondage en tête de la colonne de droite. Pour garantir la pertinence de cet événement, merci de répondre « en votre âme et conscience ». Il s’agit d’apporter une réponse à tous ceux qui se posent des questions ou veulent en savoir plus sur le livrel.


MERCI d’en parler autour de vous et de faire voter.

à la tribune : Jeremy Ettinghausen, éditeur numérique Penguin UK, Patrick Gambachet et Virginie Clayssen

C'est à peine croyable et pourtant, c'est vrai, j'y étais (comme prévu) ! Décodage de 30 pages de notes...


Le SNE (Syndicat National de l'Édition, l'association des éditeurs de France) organisait donc les deuxièmes assises du numérique cet après-midi à la maison de la Mutalité, au coeur du 5e arrondissement de Paris.


À la tribune pour introduire les assises : Serge Eyrolles (qui est « intervenu devant une commission de 30 députés » ce matin à l’Assemblée nationale), entouré de Patrick Gambache et Virginie Clayssen, directrice du numérique au sein du SNE.


DROITS DES AUTEURS

Bille en tête, le président annonce que cette fois-ci, c'est la bonne ! On va s'en occuper une fois pour toutes : « Il faut protéger les droits d'auteurs.» C’est dit et enregistré !


OUF, nous attendions tous ça depuis des années. Enfin, le SNE prend conscience que c’est l'axe central de l'avenir face à l'émergence du numérique.


Quoique... quoique... le président ne dit pas la totalité de sa pensée. S'il est bien question (comme certains comme moi au passage de revoir la convention deBerne qui remonte au milieu du XIXe siècle quand même) de s'y intéresser, l'histoire ne dit pas (et je doute que ce soit le cas...) comment vont se répartir les morceaux du gâteau (faisons confiance et prions que ce ne soit pas une tarte à la crème).



GOOGLE — PRIX DE VENTE NUMÉRIQUE vs PRINT — TVA


« Le SNE a rencontré récemment les représentants de Google » . Bien évidemment, les positions divergent, s'opposent... Ça continue de dialoguer, prochain rendez-vous en janvier. Le SNE est escorté dans ses discussions par MM. Racine, Teyssier et Janneney (de la BNF) ; il s’agit de débats purement techniques. On n’en saura pas plus.


En revanche, nos instances nationales se penchent d’ores et déjà sur une question essentielle : » Qu’est-ce que le livre numérique ?» et tous les sujets y affèrent et qui en font, comme le livre papier (print), le même concept, à savoir le même contenu, les mêmes règles, le même prix (comment ça ?), la même TVA. Viennent se greffer la notion de service attaché à l’interactivité, le contenu enrichi (multimédia), bref, la définition du modèle économique (c’est pas gagné...). De l’aveu même de M. Eyrolles et je cite : « On est en plein délire » ... Stockage, main d’œuvre, marketing (tiens, il n’a pas évoqué l’impression ni le façonnage : pliage, assemblage, reliure englobés dans la main d’œuvre...)


On en vient au prix du numérique vs le print. Alors la question est posée : « Est-ce - 60 % (il ne faut pas pousser, quand même) ou - 15 à - 30 % » (on se rapproche du marketing de la demande... sachant qu’in fine on parle plutôt de -10 à -15 %; ce qui à l’évidence est mal barré, les lecteurs vont pas se jeter dessus à ce taux-là...)


Quant à la TVA, la notion de service étant ancrée dans les mœurs, c’est quasi peine perdue, ce sera mission impossible pour faire bouger les lignes... Gros bobo, là!!


Le SNE s’attache à la protection des droits d’auteurs : créativité et droit moral. La rémunération des auteurs est au cœur du dispositif. Pour l'instant, « nous n’avons pas trouvé de solution. » ( Re-aïe...)


Bref, la volonté de s’y attaquer est là, mais sans résultats prévisibles : coup d’épée dans l’eau! Zut, tout va continuer comme avant... Évocation de la possibilité pour les internautes d’une courte citation en précisant que ce n’est pas quantifiable, juste de façon à ne pas dévoiler l’œuvre.


Le syndicat attend avec impatience le verdict de la cour de justice de l’état de New York qui sera prononcé le 18 décembre. «Google est stressé, en l’attente du verdict»...


PLATE-FORME DE DISTRIBUTION


Puis vient la plate-forme commune de distribution. Le président se félicite de la mise en place de portails qu’il faut développer encore, car il faut, dit-il, « une offre très importante » (en termes de volume). « Il faut, ajoute-t-il, se battre pour une plate-forme française » capable de proposer une offre conséquente et pour cela, il faudra investir beaucoup (Combien ? Qui ? Pas précisé.). « C’est essentiel... une question de survie », martèle Serge Eyrolles avec persuasion.


La survie sera au rendez-vous si le gouvernement s’implique pour la numérisation, car le travail à réaliser est phénoménal : 1 million d’ouvrages à scanner (lesquels, de quelles origines, de quelles époques ?) dont les ayants droit peuvent revendiquer rémunération. Pour comparaison, le fond de Gallica 2 représente 15 000 ouvrages. Le boulot est donc phénoménal... coûteux (Google pourrait le faire pour rien, mais bon, cela ne colle pas avec les objectifs contradictoires des protagonistes...)


FINANCEMENT DE LA NUMÉRISATION - RÉPARTITION DES COÛTS


Rappel de Serge Eyrolles : le grand emprunt a budgétisé 4 milliards d’euros pour le volet numérique, Frédéric Mitterrand a chiffré à 750 millions d’euros. Reste l’apport du CNL qui consacre 10 millions d’euros par an dont 1/3 à 1/4 revient aux éditeurs. Les petits éditeurs ne sont pas les oubliés dans l’opération : 40% de la numérisation est à la charge de l’éditeur, 60 % le sont à l’État. Le CNL étudie deux fois par an les candidatures : « il faut déposer des dossiers ».

Dans ces conditions, ça va traîner quelques lustres...


OEUVRES ORPHELINES - OUT OF PRINT


M. Eyrolles n’aime pas la notion d’oeuvres orphelines, bref, le sujet est quand même au menu. Le marché est gigantesque, « ...il y a des dizaines de milliers d’œuvres desquels on n’a pas retrouvé traces des ayants droit... ». Nous devons nous y employer et assurer la formation des libraires et éditeurs auc nouveaux comportements et usages induits par le numérique.


Virginie Clayssen précisera toutefois plus tard dans le compte rendu [2/2], à venir, que depuis longtemps (30 ans NDR) la numérisation fait partie intégrante du process de fabrication du print mais, par culture et rejet de la technologie, les acteurs de la chaîne préfèrent en ignorer les arcanes... Il est temps de se réveiller... Les US, le Japon, les pays d'Asie, eux, sont au fait...


Quid de la numérisation, quid de la recherche des ayants droit? Impasse (quasi...). « Face à Google, on est un peu des nains » et pourtant, la France est un pays dynamique, leader en Europe. Il faut « résister aux tsunamis commerciaux » que Google nous oppose. « Nous ne sommes pas d’accord, mais il faut dialoguer avec [le géant de Mountain View] ! »


Quant aux oeuvres épuisées : « il n'y en a plus, n'en parlons pas Expéditif...


Et de conclure : « Vive l’écrit ! »


Le président du SNE s’en sort bien, le ton est ferme mais courtois, et les rapports avec Google seront tendus, mais la volonté de dialogue des deux côtés existe. Globalement, le sentiment que le syndicat se bouge est patent (c’est épatant).


Dès lors, on peut penser que le SNE a parcouru en quelques mois un chemin impressionnant, que ses positions ne sont plus celles qu’il avançait jusque là et encore tout récemment. Double salto arrière ? La filière semble vouloir prendre le taureau par les cormes et s'atteler à l'ouvrage. C'est une excellente nouvelle.


Il faudra rester vigilants, mais on peut mettre au crédit de son président une très bonne prestation et enfin une volonté de prendre le dossier à bras le corps. Je vote pour, mais ce n’est pas un blanc-seing.


Rendez-vous est pris pour les prochaines assises en mars dans la cadre du Salon du Livre (il existera bien, donc).


7 commentaires:

αяf a dit…

Encore du boulot sur la planche. Enfin d'après ce que tu décris, la volonté est là. Toutefois, comme l'industrie de la musique, le paquebot semble lent à virer de bord. Larguera-t-il les amarres suffisamment tôt ?

jeanlou bourgeon a dit…

Non, faut pas se leurrer, trop de décisions timorées seront prise.

Disons "politique de façade", c'est surtout fait pour rassurer.

En même temps pas facile de mener la barque, mais à l'arrivée, tempête dans un verre d'eau. Peut pas ressortir grand chose, c'est un dinosaure en léthargie.

Mieux veut être égorgé chez Arnaud, t'as plus de chances de survie, j'te l'dis...

Google lâchera un peu de lest,
la TVA restera à 19,6
et les auteurs passeront à la trappe, c'est évident, tant que les éditeurs :

1- s'accrocheront à leur mannes et n'accepteront pas un coup de pouce salvateur vers les auteurs
Il faut viser au moins 20% pour les auteurs, c'est à dire revoir la taille des parts du gâteau : moins pour les éditeurs et redispatcher impression/façonnage/distribution en priorité vers lesauteurs

2 - esquivent le prix marketing de la demande et restent sur celui de l'offre (prix about -40%, le marché ne décollera pas en deçà...

3 - redéfinir le rôle du libraire en tant que prescripteur / marketeur (c'est à lui dès lors de faire la promo, prendre en main la diffusion - vont pas être contents mais rappelons que même si gros frais, ils empochent bon an mal an environ 1/3 du prix du livre (hors TVA)

Y a un sacré boulot de remise en cause.

Les éditeurs s'accrochent à l'os.

Pas facile de les en détacher...

D'autres réflexions sont à mener...

le livrel prendra son essor, c'est écrit et les cadavres resteront sur le bord de la route.

Les Amazon, Google, Apple feront tinter leurs tiroirs-caisses...

(Noney, Pink Floyd !)

αяf a dit…

Pour me faire l'avocat du diable, est ce que le prix d'un livre numérique comme ceux qui fleurissent sur l'apple store est suffisant pour rémunérer tout ce beau monde ? L'éditeur transformé en marketeur, le libraire en marketeur du premier marketeur, le distributeur (apple en l'occurence) et finalement l'auteur !
Ne va t on pas finalement vers un modèle plus direct ? Prenons l'exemple tout à fait par hasard d'un certain Gwen catala qui peut être auteur (de talent), marketeur (de génie), graphiste, distributeur via son application développée avec son pote. Reste uniquement Apple qui bouffe encore au ratelier. Les autres sont forcément squizzzzés !

jeanlou bourgeon a dit…

à creuser car Apple ne prend "que" 30% et Gwen est autoi-édité dont il récolte 7°% du prix de vente....

C'est nettement mieux que via la filière éditeur (indispensable quand on a pas les repères ni les compétences d'en faire la promo).

Le cas de Gwen est atypique, obviously !

Ce que j'énonce, ce sont des suggestions / proposition, je n'ai ni la compétence ni la science infuse : il faut dialoguer, comparer, se pencher sur le berceau de la fée pour qu'éclose le plus beau des poussins.

Les auteurs sont —dans leur grande majorité, avec évidemment quelques rares exceptions— très "tabous" sur le sujet, un comble...

Ah le rapport à l'argent et les artistes / créa, c'est un monde...

jeanlou bourgeon a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
GwenCatala a dit…

Excellent résumé, voire état des lieux de ce qu'inspire le numérique en France.

Oh my God, le numérique arrive, il faut attraper le train en marche. Sorry ! Les gros, les énormes ont déjà brulés les wagons et se sont emparés de la locomotive. C'est que nos assemblées sont remplies de rhumatismes. Serges Eyrolles a beau avoir apparemment pris le problème à bras le corps, je m'interroge. Est-ce une simple prestation, ou une réelle volonté ? Je ne dis pas que le SNE n'ait pas enfin pris conscience de ce qui est en train de se jouer ici. Mais trop s'accrochent désespérément à leur trésor de guerre, à la définition inflexible et impassible de leur métier.

N'empêche que, pendant ce temps, les auteurs passent encore à la trappe. Heureusement qu'une poignée d'irréductibles se sont mis en tête, non pas de simplement résister (on a déjà vu ça, et l'on sait comment ça c'est fini...), mais d'innover.

@Arf, @Jeanlou, le cas du Gwen est bien à part. il n'y a que le développeur et l'auteur qui entrent en jeu une fois la part d'Apple prélevée (c'est à la louche, un tiers). Après il ne s'agit que d'un accord contractuel entre ces deux parties. (Et heureusement pour moi, c'est au-delà de 7%)
Faite entrer un éditeur, un 'vrai' dans la danse, et la donne change.

Il y a de ça et là des initiatives vraiment intéressantes. De nouvelles manières de penser le livrel. Quoique dans ce terme, il y ait encore un attachement au livre 'objet'.

Pour ma part, je vais rester attentif à ces prochains mois et voir comment le SNE va arriver à accorder tout le monde ensemble. Et d'ici là, je vais continuer à faire ce que je fais le mieux : imaginer de nouveaux usages, et écrire de belles (ou effrayantes) histoires...

Wait & See...

jeanlou bourgeon a dit…

Bien évidemmment, il fallait lire 70% et non pas 7%.

Bon décryptage du message transmis en pointillé dans la synthèse que j'en ai faite.

Je crains, bien sûr que ce ne soient que voeux peux, nous verrons bien...

Dans le bénéfice du doute, laissons une chance au SNE de mettre en phase ses idées avec ses actes. Nous ferons le point régulièrement sur ces promesses à peines murmurées.

Il y a trop souvent loin de la coupe aux lèvres. Vigilance, donc ...