mercredi 14 octobre 2009

La fusée numérique part en aquaplaning. Google reprend les commandes

illustration Jim Gartner - Flick'r


Tous les clignotants, bloqués au rouge depuis quelque temps sont subitement passés au vert. C'était éminent, prévisible.


Google, survitaminé, vient juste de passer en mode overdrive et rectifie ainsi la trajectoire. Suées nocturnes.


C'est hier à 23 h sur le site de Livres Hebdo, ici que la nouvelle es tombée, en direct (presque) de Frankfort : Google annonce son petit dernier : Google Edition.


Rien d'autre sur la toile avant ce matin, sur La Tribune, puis chez ebouquin, ici. Ce même ebouquin nous décrit le nouveau reader tout chaud sorti de chez Gizmodo pour Barnes & Noble (je vous le disais, tout part en crabe, la chaussée est glissante, tout le monde se jette dessus).

La nuit dernière, même pas un entrefilet sur le New York Times ni le Wall Street Journal. Encore moins sur nos titres nationaux ni spécialisés. Silence radio.


Ont-ils été atomisés par la nouvelle ?

Ou plutôt n'ont-ils pas pris la mesure de l'événement ?


Cela bruissait depuis quelques semaines, on sentait venir le coup. Le Google Book Settlement, mis en stand by par le report de la cour de justice de l’état de New York n’a pas infléchi pour autant le timing que s‘était fixé Google. Tout est prévu au millimètre, à n’en pas douter. La stratégie était écrite : Noël c’est dans exactement 80 jours...


80 jours de quoi surfer relax dans un voyage fantastique auquel nous convie Google. Tout est clos cacheté, peaufiné, calé aux petits oignons.


Les e-readers (contenant, l’outil) sont fins prêts et on nous promet quelques dizaines de milliers de ventes pour les fêtes de fin d’année. Quant au contenu, entre Google, le projet Gutenberg et les bonnes dizaines de sites de chargement LEGAUX, sans compter l'AppStore avec déjà quelques milliers de références, "ça devrait largement le faire".


Les pièces du puzzle s’emboîtent à la perfection

Depuis, tout s'emballe dans l'univers de l'édition numérique : depuis les annonces de commercialisation de dispositifs de lectures, au quotidien, jusqu'à la mise en place programmée des contenus en passant par la création de plateformes de diffusion numériques regroupant les editeurs "majeurs". Les éditeurs découvrent les vertus du numérique qui leur apparaît soudain une formidable machine à dynamiser les ventes.


Ben voyons, le mois dernier, c'était assimilé à du terrorisme. Bref, passons, quand il faut récupérer de la monnaie, les grandes déclarations font place au pragmatisme... capitaliste...


Google, assurément est le maître du jeu et détient de surcroît tous les jokers. Parti très tard dans l’aventure de la numérisation (1972 : le projet Gutenberg de Michaël Hart est lancé : 200.000 versions électronique de livres tombés dans le domaine public en 37 ans... Google près de 10.000.000 en 5 ans. Le rapport est vertigineux. Bien sûr avec une autre puissance de feu et une technologie terrassante.


Et Google est bon an mal 2,5 fois plus prolixe que Gallica, aujourd’hui. Europeana disposera en 2010 de 6.000.000 d’ouvrages du fonds européens (27 états), Google sévit sur la planète. Google dispose d’un fonds privés (les siens) alors qu’Europeana dépend des ressources publiques... Google dispose de réserves énormes par le biais de filiales dans le domaine des nouvelles technologies comme Nanosolar qui produit des panneaux solaires dernière génération, plus ses propres activités, véritables machines à cash. La capitalisation boursière de Google frôle les 150 milliards de $... (au coude a coude avec Apple qui la précède de 2 milliards de $).


Des nouveaux acteurs vont faire leur apparition

Un des chapitres, dans ce contexte prolixe en annonces est certainement celui découvert ce soir sur le New York Times, à lire ici.


Anéfé ;-) Jane Friedman, annonce la création de Open Road Integrated Media dont la vocation est de rééditer -en numérique- les ouvrages de grands noms de la littérature US. 16 mois après avoir quitté son poste à la direction de Harper Collins, elle prend, à 64 ans un nouveau départ. Ainsi le NYT écrit :

« Electronic “is going to be the center of the universe,” said Ms. Friedman, a flamboyant and relentless booster of authors during her four-decade career in New York publishing. “We really think that what we’re going to do is to help transform the industry, which is built on models that we all know are broken.”


Et ce n’est pas tout, Mme Friedman va proposer du rich media : vidéos, une vraie machine de guerre est en marche. Son catalogue propose d’ores et dejà près de 1.000 titres.

Et là-bas aux US, d’autres s’y mettent et pas des moindres : Penguin Group, Simon & Schuster, Scholastic.


Des Jane Friedman, bien sûr, dans les semaines à venir il y en aura tant et tant. Ici, Hatier va livrer des manuels scolaires numériques de Math et Histoire-Géo pur les 6e... Hachette-La Martinière, Editis s'engouffrent dans le numérique aussi. Dépêchons, y en aura pour tout le monde !

Alors, que nous rappelle actualitté, ici, "Sidérant. On se souvient des propos tenus par Jean-Marc Roberts, l'éditeur de Stock, lors d'une émission sur France Inter, cet été, qui assurait que les ebooks, très peu pour lui, sauf peut-être pour des livres qui ne se vendraient pas très bien", Stock annonce Françoise Sagan sur l'iPhone. Triple salto arrière AVEC double saut périlleux retourné, siou plaît...

Les uns après les autres, TOUS y viendront : survie de l'espèce... Attention à la marche en sortant...

C’est parti, demain, nous serons à 79 jours de Noël.

Et tout le monde attend le dernier outil d’Apple qui, lui, ne viendra (peut-être) qu’au printemps 2010, histoire d’en rajouter une pincée...


Oui, nos éditeurs ont bien raison de s’agiter, mais bon, fallait pas jouer les timorées, c’était inéluctable ; vos histoires de vélin, d’odeur d’encre et tout le tremblement, nous l’avions deviné c’était de la daube. Tout au plus un mauvais marketing... Bon après tout, l'erreur est humaine... si on veut, d'accord.


A vous auteurs, profitez de ce spectaculaire bond en avant pour renégocier vos contrats ; étudiez et verrouillez bien les clauses liées au numérique, ou alors passez directement dans une coopérative du type www.publie.net, François Bon saura vous épauler.


3 commentaires:

karlcow a dit…

atomisé par la nouvelle ?

Peut-être pas, juste annoncé en juin 2009, il y a déjà 4 mois.

http://www.nytimes.com/2009/06/01/technology/internet/01google.html?_r=2&th&emc=th

J.-W. B a dit…

@ Karl,

Bien sûr nous le savions, vous, moi et tant d'autres. Le problème est que, pour des raisons que nous devinons tous, les éditeurs ont toujours voulu -légitimement- préserver leur pré carré et conserver une bonne longueur d'avance (d'un point de vue strictement "finanacier"). Enfin, certains gros éditeurs ; ceux à taille humaine, je pense notamment à François Bon et son publie.net (de passage ces temps-ci sur vos terres nordiques), une des tout premiers pionniers de l'édition coopérative numérique (aussi mais pas que), prouve que le présent est terre de promesse.

Encore faut-il s'accorder avec notre époque et ne chercher de faux-fuyants : dénigrer hier pour tenter de phagocyter demain.

C'est l'esprit de ce post. Merci pour votre commentaire.

Gwénaël a dit…

A force de crier au loup, le(s) loups ont bien fini par se réveiller.
Le pire, c'est que des Stock, es Albin Michel vont nous sortir plus tard qu'ils étaient les pionners, que sans eux le livre numérique n'aurait sans doute jamais percé en France, etc, etc...

Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. Mieux encore, nous - je parle des auteurs, avons peut-être encore un infime espoir de sortir gagnant de cette lutte à mort vers un numérique toujours plus présent.
Car avec son lot de changement dans la chaîne de production/distribution/diffusion, il est encore possible de tirer son épingle du jeu pour prétendre à une rémunération qui soit un minimum digne de ce nom. Pas en chouinant ou en avançant les indéniables marges qui sont réalisées sur un exemplaire numérique. Mais bien en innovant. Pensons plurimédias ! Pensons interactivité. Mais surtout, n'allons pas à une énième course à l'innovation JUSTE pour l'innovation. Rajouter un lien vidéo sur une œuvre, même si cela sert le propos, n'en fait pas pour autant une révolution de support.

Innovons, mais innovons intelligemment. Et je peux vous assurer que de tels auteurs sortiront largement gagnants.

Quant à cette annonce sur Google Editions (oh ben ça alors, quelle surprise...) personne ne pourra dire qu'on ne les avait pas vu venir ! Cela semble en effet cohérent de leur part. L'offre d'eBook ne cesse de croître et seul Google est à ce jour capable d'offrir une telle plateforme.

Reste que comme bien souvent, Apple surveille, analyse et décortique pour arriver juste au bon moment avec un de ces ergonomiques et tant attirant précieux dont elle a le secret.

Wait & See comme diraient certains.